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Le licol : un outil inoffensif ?

  • Aurélie Pfeiffer
  • 7 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 janv.

Une personne m’appelle hier pour me demander conseil au sujet de son chien berger allemand. Elle m’explique qu'il ne “gère pas ses émotions”, qu’il aboie dans les escaliers de son immeuble lorsqu’elle part en balade, qu’il tire en laisse, qu’il est réactif envers les humains et les chiens. Elle a déjà consulté 3 éducateurs canins et suivi une quinzaine de séances. Pourtant, elle ne constate aucune amélioration durable.


Elle me pose alors une question très précise : le licol est-il un bon outil d’éducation pour mon chien ? L’éducatrice qui nous suit actuellement me le conseille.


Ce n’est pas la 1ère fois qu’un humain m'interroge à ce sujet. Le licol est souvent perçu comme un outil "doux", respectueux voire bienveillant. Cela m'a donné envie de prendre le temps de questionner son usage :


  • Pourquoi le licol semble-t-il si inoffensif aux yeux du grand public ?

  • Quelles sont les conséquences possibles de son utilisation ?


Pour répondre à ces questions, je me suis d'abord intéressée à ce qu’est un licol et comment il fonctionne :

Le licol pour chien ressemble à celui utilisé pour chevaux. Ce sont des lanières, rembourrées ou non, qui passent derrière les oreilles du chien et autour de son museau. En général, il s’utilise avec un harnais ou un collier. Dans ce cas, on attache une extrémité de la laisse à l' anneau situé en dessous du museau et l’autre extrémité au collier ou au harnais (il faut donc une laisse avec 2 mousquetons). Mais il peut aussi s'attacher uniquement à la boucle en dessous du museau ou sur le collier (comme sur la photo ci-dessous).



Le principe est simple : agir sur la tête du chien. En exerçant une pression sur le museau et la nuque, l'humain détourne la tête du chien afin d'empêcher ou de limiter la traction.


Pourquoi semble-t-il inoffensif ?

Cet outil ne comporte pas de pic qui rentre dans la peau, ne libère pas de décharge électrique, n’étrangle pas le chien.

Il n'a rien de visuellement violent.

Il fonctionne par pression, flexion et contrainte mécanique.

Si le chien s’oriente doucement vers quelque chose qui l’intéresse, il suffit de mener une légère action pour l’en empêcher.

Mais lorsque le chien est davantage motivé, excité, réactif, l’action humaine devient nécessairement plus forte pour obtenir le même résultat.


Il est par ailleurs très utilisé par certaines associations reconnues dans la formation des chiens d'assistance notamment. Cela peut renforcer son image d'outil acceptable.


A mes yeux, s'il est autant utilisé, c'est avant tout pour répondre à un besoin humain de contrôle rapide, sans nécessiter un travail approfondi sur les causes du comportement. Il est souvent présenté comme une alternative "douce" à d'autres outils coercitifs plus visibles, ce qui masque les effets réels.


Quels sont les impacts ?

D’abord au niveau physique : La pression exercée par le licol s'applique sur des zones particulièrement sensibles :

  • la nuque, où se situent les vertèbres cervicales,

  • le chanfrein, qui contient les cavités nasales nécessaires à la respiration.


Une pression légère génère de l'inconfort.

Une pression plus forte provoque de la douleur : on tord le cou du chien tout en l’empêchant de respirer.

Le licol étant utilisé souvent lorsque le chien tire, il peut donc entraîner une exposition répétée, voire permanente, à la douleur.

S'il est mal ajusté, les lanières peuvent également remonter vers les yeux, créant un risque de blessure et de douleur.


Sur le plan émotionnel, douleur et stress sont intimement liées. Ce lien est largement documenté scientifiquement. Un chien soumis à une contrainte répétées, imprévisible ou incomprise peut développer :

  • un stress intense

  • un état d'hypervigilance,

  • voire un stress chronique.

Même lorsque le licol est associé à de la friandise, la contrainte mécanique reste présente. L'émotion générée par la pression et la torsion ne disparaît pas par compensation alimentaire.


Enfin intéressons-nous aux impacts relationnels : la contrainte est exercée par la main de l'humain. Or, le chien est tout à fait capable d'associer une sensation désagréable ou douloureuse à la personne qui la provoque.

Cela peut altérer :

  • la qualité du lien,

  • la confiance envers l'humain,

  • la capacité du chien à se référer à son humain en situation de difficulté.

Un chien qui subit n'apprend pas => il se résigne, se défend ou évite.


Le licol n'apprend pas au chien à ne pas tirer sur sa laisse. C'est un leurre ! Il l'en empêche. Cette distinction est fondamentale. Sans travail sur la cause du comportement, celui-ci réapparaît dès que l'outil est retiré (à contexte équivalent bien évidemment).

En revanche, le chien a appris quelque chose de durable : que l'environnement est contraignant et que l'humain est associé à cette contrainte.


Le licol appartient à la famille des outils coercitifs (du latin coercere : contraindre) car il génère de la peur, de la douleur et du stress, quelle que soit la fréquence ou la "douceur" supposée de son utilisation.


Alors comment faire autrement ?

Plutôt que de chercher à empêcher un comportement, il est essentiel d'en comprendre l'origine.

Un chien peut tirer ou s'emballer pour de multiples raisons :

  • stress environnemental ?

  • rythme de vie inadapté ?

  • problème de relation ?

  • soucis de santé ?

  • matériel inadapté ?

  • gestion de la frustration ?

  • manque ou trop plein d’activité ?

  • recherche de ressources ?

  • manque de sécurité ?

  • besoins non comblés ?


Empêcher un comportement rassure l'humain à court terme, mais ne règle jamais la cause réelle !

Je recommande de se tourner vers un.e professionnelle formé.e, qui continue à se former, et qui refuse d’utiliser tout outil coercitif dans sa pratique.

Les seuls équipements acceptables à mon sens sont :

  • les colliers plats et/ou les harnais en H ou en X

  • Une longe de 5m pour la ville et de 10 à 15m pour la nature.

  • Une muselière uniquement lorsqu'elle est nécessaire à la sécurité et correctement introduite.


Accompagner un chien dans ses problématiques comportementales, ce n'est pas le contrôler. C'est l'aider à se sentir mieux, en sécurité, à comprendre par lui-même et à développer des capacités d'adaptation durables.

Tant que l'humain ne prendra pas le temps nécessaire à l'observation, à l'accompagnement et à l'ajustement des dispositifs mis en place, les outils coercitifs resteront une réponse facile et rapide à des comportements canins qui nous posent problème.


Aurélie Pfeiffer - janvier 2026

 
 
 

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